... c'est le monde qui va de travers"
La rue kétanou
C'était mardi je crois.
Je suis allée rejoindre Renaud à la terrasse d'un café.
En tee-shirt.
Des gens nous on rejoint aussi, d'abord Thomas, puis Edouard, puis Jc.
Tous autour d'une petite table, à gèner le passage.
Avec Renaud c'était bien, on parlait d'amour, de gloire et de beauté, mais quand la bande de phallus a débarqué, ils ont tous parlé de jeux vidéos.
J'avais l'impression d'être un fantome.
J'me suis dit qu'il fallait faire diversion.
"Eh eh ! Vous savez qu'Edouard s'est cassé le frein ?????"
Ca a marché.
Pendant 5 petites minutes, le temps qu'on se moque de lui et qu'il raconte l'accident.
Et puis ils ont recommencé à parler de jeux vidéos.
Moi j'avais mon coup de blues accroché aux pattes comme un truc dégueulasse sous la chaussure qui vous titille pendant la marche.
J'avais envie de voir des filles.
J'avais envie de voir Anouck.
Mais Anouck elle s'éloigne de plus en plus, elle s'envole, elle va trop haut, et moi j'suis là à me demander si elle va me retomber dans les bras un jour.
Thomas frottait ma cuisse nerveusement dès qu'il n'avait plus la parole.
Je ne m'y habituerai jamais.
A chaque fin de phrase il pose sa main sur ma cuisse et fait des mouvement rapide de haut en bas comme s'il carressait un labrador.
Ca s'arrête dès qu'il commence une phrase.
Et ça recommence.
Homme, si tu me lis, ne fais pas ça à ta femelle, ça la vexe.
Contrairement à ce qu'à pu t'enseigner ton père, ta partenaire n'aurait jamais d'orgasme de cette façon là.
Et puis s'il tu as envie de t'occuper les mains, achète un rubicube comme tout le monde.
Donc j'étais là sur ma chaise, mal assise, à essayer d'éviter sa main et ses bisous mécaniques.
J'pensais pas à grand chose, j'essayais de vider ma tête.
J'étais pas allée en cours de la journée.
Le coup de blues.
Thomas criait famine, pour changer. "On bouge ? j'ai faim !"
Noter le "On" et le "Je".
Bref.
(Je tiens à préciser que les rumeurs qui courent comme quoi je me serais engueulée avec Thomas sont fausses).
(Ou presque).
On va donc manger tous au chinois.
Enfin tous sauf moi parce que j'ai pas d'argent.
Heureusement qu'y'a des nems qui tombent du ciel et des beignets aussi (merci Jc).
Il me propose une cigarette.
J'trouve que ça fait beaucoup.
J'trouve qu'il est trop gentil.
J'le trouve adorable.
La suite, c'est Edouard qui veut regarder le foot (et Dieu seul sait ce que je pense du foot) Renaud qui veut aller travailler et les autres qui veulent rien faire.
On goute un peu au parc.
Une bière chacun.
La gardienne nous vire parce qu'il est 9h.
On va à côté.
Je me bas avec Jc.
Je me fais mal au poignet droit en lui donnant des coups de poings.
Il bouge pas, il me regarde.
Il se moque.
Et j'avoue que jai un peu honte, mais ça me fait rire.
On parle, on s'insulte, on se frappe.
J'me sens bien.
Même la nuit est douce.
Thomas insiste pour que je dorme chez lui, alors j'y vais.
On prend tous le métro.
Jc et Adam crient des obsénités politique dans le wagon.
J'ai chaud.
Jc grimpe sur un truc en hauteur.
J'ai envie de grimper moi aussi.
J'ai envie de monter très haut.
J'veux des cigarettes en haut d'un toit.
J'veux une vue exterieure sur le monde.
J'ai envie de fuir.
Et Thomas me tire par le bras pour qu'on rentre.
J'ai envie de faire la fête encore, il me dit que c'est fini.
Alors je le suis.
Il commence à me déshabiller dans l'ascenseur.
Ca me fait rire.
J'oublie mes rêves d'évasion et je fais l'amour.
Il s'occupe bien de moi, me masse, à croire qu'il a pris des cours, et je m'endors comme un matou.
Au matin, il se bat pour me faire lever.
Je veux pas.
Je dors.
J'ai révé toute la nuit que j'avais des poux et que toute la ville me recherchait pour me faire enfermer.
Tu vois bien que je suis épuisée.
Il finit par laisser tomber et va en cours sans moi.
Il rentre vers midi.
Je me lève à peine.
Son père m'avait mis un mot sur la porte de la chambre.
"bonjour Emma. Fais comme chez toi, je t'ai mis une serviette sur la machine à laver si tu veux prendre une douche, Thomas rentre vers 13h je crois."
Il est trop gentil son père.
J'ai du mal à croire que des gens comme ça existe.
Thomas rentre et voudrait bien pouvoir jouer au pc comme d'habitude.
Mais je suis là.
Et je le saoule en lui parlant de politique pendant des heures.
"J'vais t'appeler mère Thérésa bientôt".
Il me dit qu'on ira donner notre sang ensemble.
J'lui dis "aujourd'hui ?"
Il me dit "non j'ai la flemme".
J'ai mal.
C'est à Place d'italie !
C'est à côté de chez toi !!
Mais non ...
Je pars avant qu'il aille chez le coiffeur.
J'veux pas voir cette boucherie.
On est mercredi soir.
Je ne suis pas allée en cours, je sais que j'ai rien loupé.
Je ne sais plus dans quel monde je flotte.
Et je pense aux éléctions, et je pense aux injustices, et j'ai mal.
Je regarde les hommes d'affaire en les suspectant.
Et puis je regarde les informations en envoyant des textos à ma mère.
On cherche des solutions pour sauver le monde et on commente les émissions qui passe à la TV.
A un moment elle m'a fait rire.
Elle.
"La socièté idéale : plus de riche, plus de pauvre ! Partage équitable de tout l'argent ! Que l'on fasse n'importe quel métier, que l'on soit mère de famille : on touche tous le même salaire décent !"
Moi.
"Maman, tu es communiste"
Elle.
"Non je suis pour l'égalité et la fraternité"
Moi.
"Si maman c'est la base du communisme de partager toutes les richesses : pu de classes sociales"
Elle.
"Alors je suis peut-être communiste sans le savoir ! Tu m'as appris que j'étais communiste, ça fait bizarre !"
Elle est marrante ma maman.
Je lui dis que moi aussi je le suis, parce qu'au fond, c'est vrai.
Et puis je sombre.
Je trouve pas de solution pour changer le monde.
Alors je fais des rapprochements bidons.
Texto de moi à Georgia.
"Ton walt Disney préféré c'est bien Robin des bois ? Alors t'es communiste ?"
Elle.
"J'vois pas le rapport"
...
Suis incomprise de toute façon.
Pi j'vous emmerde tous.
Pouet.
Moi j'aime Robin des bois ! C'est mon idole !!
Tiens j'vais le regarder ce soir.
Alors que Renaud et Emilie m'ont proposé de sortir.
Mais je me suis promis d'aller en cours demain.
Comme une brave fille.
De rester seule pour être sage.
De ne pas me coucher tard.
J'aimerais tellement aller voler une affiche du jardin des Plantes moi aussi.
J'aimerais tellement fumer une cigarette avec quelqu'un.
Juste une.
Et prendre un gros verre de bière.
Ou deux.
Mais j'ai préféré me facher avec Thomas.
Pourquoi ?
C'est simple.
Parce qu'il vient chez moi, qu'il me fait l'amour, et juste après il me dit "tu crois qu'il reste encore des bus ?"
Quel tact.
Monsieur est un gentleman.
C'était jeudi soir.
Il est parti en claquant la porte.
Il s'est énérvé parce que j'étais triste.
Je comprends rien.
Entre temps j'ai fait deux dissert' et je suis allée un peu à l'école, parce que je peux pas manquer pas les cours de français.
Surtout quand on fait des jeux de mots pourries.
Il Boileau de La Fontaine au Racine de La Bruyère.
Et ouai, on est pas en terminale L pour rien.
La prof a desséré son string depuis le début de l'année.
Elle est plus gentille, elle me fait rire, elle est géniale.
Et son ventre qui ne s'arrête pas de grossir...
Et puis, j'adore Le petit chaperon rouge =)
Illustration de Gustave Doré.
Contes de Perrault.
